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Patrimoine rural

« La transmission du grand-père au petit-fils »

Interview de Dominique Chancel Architecte, Conservation du Patrimoine de l'isère (1)

Comment définir le patrimoine rural ?
Dominique Chancel : « C'est un volet du patrimoine. Longtemps, le patrimoine, c'étaient les grands monuments. Après la seconde guerre mondiale sous l'impulsion de Malraux on développe les secteurs sauvegardés et on s'intéresse aux bâtiments plus modestes. Progressivement le souci du patrimoine rural s'impose : on prend en compte non seulement l'objet construit, la ferme et ses dépendances, mais aussi tous les dispositifs qui permettent à une économie rurale de fonctionner, c'est à dire les chemins, le potager, le pré, le champs, les bâtiments annexes que sont le moulin, le lavoir, les croix de mission, le réseau des chapelles. » 

Le souci du patrimoine rural, c'est un retour vers le passé ?
D.C : « Il y a plusieurs approches du patrimoine qui peuvent cohabiter entre individus ou même à l'intérieur de chacun. Il y a une approche qui repose sur la peur du présent et l'angoisse devant l'avenir, la perte de repères, des racines. Une autre approche conçoit le patrimoine comme un témoignage qui nous vient des grands parents ou des arrières grands parents et qui nous est destiné ainsi qu'à nos descendants. Cette démarche doit servir à nous faire prendre conscience que l'électricité, le moteur à explosion et l'ordinateur en moins, nos ancêtres depuis des dizaines de milliers d'années avaient le même cerveau que le nôtre. Leurs démarches et leur solutions peuvent être des sources d'inspiration pour nous, non pour les copier mais pour voir comment ils se sont adaptés à un environnement difficile. Des solutions peuvent être périmées mais pas toutes. C'est l'héritage de nos ancêtres que nous avons le devoir de transmettre sans en avoir dénaturé les principes fondamentaux, à nos petits enfants. C'est la transmission du « grand père au petit fils ».

(1) La Conservation du Patrimoine en Isère c'est :
-
l
'inventaire, l'étude et la mise en valeur du patrimoine du département.
- d
es aides financières pour des travaux qui concernent la préservation ou la mise en valeur d'éléments dits de patrimoine.
- d
es conseils techniques au service de tous les acteurs de la conservation du patrimoine

Grange, chemin du Biaron

les savoir-faire mis en oeuvre

D.C. : « Il faut savoir que sauf cas particuliers, les maçonneries construites par nos aïeux étaient presque toujours enduites d'un enduit à la chaux. Cet enduit avait une double fonction : à la fois de solidifier les maçonneries et de limiter les échanges d'humidité entre l'intérieur et l'extérieur de la maison, ce qui permettait d'avoir moins froid et de dépenser moins de bois pour se chauffer. Aujourd'hui on a le droit de faire de la pierre apparente, mais cela est tout à fait contradictoire avec ce que faisaient nos ancêtres. De même quand on met des poutres en saillie sur le plan du mur. Cela est techniquement un peu aberrant. Si on croit faire comme le grand père, c'est le prendre un peu pour un imbécile parce que lui mettait toujours le bois dans une situation qui lui permettait de durer le plus longtemps possible, donc en retrait. »

Les différents types de maisons rurales de Vaulnaveys-le-HautMaisons à superposition, maisons dissociées, maisons unitaires

D.C. : « On trouve d'abord des maisons à superposition. On les rencontre dans des terrains pentus. C'est le cas dans certaines zones de Vaulnaveys. C'est un type ancien, qui est déjà l'évolution d'un état plus archaïque dans lequel on avait souvent une pièce unique où habitaient quelques animaux et les gens à un niveau bas et au dessus un niveau de comble, de fenil où on mettait des réserves et en particulier du foin pour les bêtes en hiver. La pente a permis, quand on a voulu améliorer l'habitabilité, de faire trois niveaux avec l'étable en bas, le logis, souvent une seule pièce, au dessus, et puis le fenil encore au dessus avec des accès quasiment de plein pied ou avec quelques marches seulement, donc toujours l'utilisation la plus ingénieuse possible de la pente et du relief. Ce type d'habitat est une particularité de ce secteur, assez ancien et assez modeste.

Avec le temps on voit apparaître, souvent dans le XIX° siècle, d'autres typologies de bâtiments. Dans certains cas, cela peut être une transformation de la maison à superposition qui est totalement affectée au logis. La maison aux Roux était à l'origine un bâtiment superposé qui maintenant est devenu dissocié. Elle même a été doublement agrandie puisque le toit a été relevé, des pièces ont été rajoutées et à côté a été bâtie la grange-étable de manière dissociée. Dans d'autres cas au contraire la maison est uniquement utilisée comme dépendance et on construit un logis à coté. Quelle que soit l'évolution, c'est une typologie où on a d'un coté un logis avec une habitation et éventuellement une petite cave réserve et à côté un autre bâtiment qui a fonction de grange étable. Il y en a de beaux exemples à Vaulnaveys. La ferme aux Clos est un cas intermédiaire. C'est une maison unitaire où on a sous le même toit l'écurie, la grange remise et le logis, mais la mentalité a évolué. Même si on a un bâtiment unitaire, on a traité la partie logis avec des artifices de décors qui sont d'ailleurs tout à fait intelligents. On a marqué une césure comme s'il y avait deux bâtiments distincts.»

 

Maison des Roux, à l'origine maison dissociée
Ferme des Clots
Plan maison des clots. Dessin : P.Y. Carron Conservation et patrimoine de l'IsèrePlan maison des Roux. Dessin : P.Y. Carron, Conservation et Patrimoine de l'IsèreFerme Belmont. Photo : Conservation et Patrimoine de l'Isère
Tuiles écailles

Les toitures et l'adoption de la tuile écaille

D.C. : « On est dans un secteur de montagne. La terre est relativement pauvre, le seigle était très fréquent. Beaucoup de toitures autrefois étaient réalisées soit en chaume de seigle soit en tuile de bois qui nécessitent une pente importante pour des raisons multiples. Pourquoi l'utilisation de ces matériaux : parce que c'était des matériaux que l'on pouvait produire soi-même donc que l'on avait pas besoin d'acheter. On passait une partie de l'hiver soit à fendre du bois soit à peigner de la paille pour ensuite les mettre sur le toit. Transporter des matériaux était aussi difficile. Les Préfets après la Révolution donnent des instructions pour inciter à l'abandon du chaume.

Par quoi on va-t-on remplacer le chaume ? La tuile mécanique n'existe pas encore dans la région. La tuile « canal » ou « creuse » que l'on appelle à tort tuile romaine n'est pas bien adaptée aux pays de neige. La tuile qui va être adoptée dans la région c'est la tuile plate à bout rond que l'on appelle la tuile écaille. Celle-ci demande en effet le même type de pente et de charpente que le chaume qu'elle va remplacer. Cette adoption va s'accompagner d'autres évolutions. En effet, dans un toit couvert en chaume ou en bois, les rongeurs pouvaient passer de partout, c'est pourquoi il fallait bien battre la paille pour bien enlever les grains. A partir du moment ou on a un matériau qui est résistant au feu et aux rongeurs, il restait un point faible pour les rongeurs qui est la dépassée de toiture. On a choisi selon les cas de faire des corniches, en bois plâtrée, en pierre ou en génoise.  »

murs en pierre, chemin des Clos
Le patrimoine rural témoin d'une civilisation

D.C. : « Ces témoins matériels, la pierre, le bois et autres matériaux sont des éléments qui peuvent durer. Ce qui est fondamental, c'est de comprendre en quoi ces éléments matériels sont révélateurs d'une civilisation rurale. Une maison, ce n'est pas seulement des murs ou la proportion des ouvertures mais aussi la manière dont on l'habite : est-ce que l'on vit tous dans la même pièce ou pas ? Est-ce qu'il y a une liaison directe ou pas entre la pièce commune et l'écurie ? Il y aurait une facilité à avoir une porte de communication et pourtant il n'y en a pas. Pourquoi ? Dans un cas on place l'homme comme le stade évolué de l'évolution animale et dans l'autre cas l'homme est totalement différent de l'animal. Toutes ces petites choses de rien parlent d'une civilisation bien au delà de la pierre ou du détail. »

Moulin des Roux

Dans la roue des moulins file notre mémoire

Dés 1328, six moulins à eau sont établis sur les torrents de la Gorge et du Vernon. Cinq nouveaux moulins sont construits à la révolution(1). La quasi totalité ont exercé une double fonction de moulins à blé et à huile. Ces moulins jouaient un rôle essentiel dans l'économie rurale dont ils sont des symboles et des témoins. On peut encore apercevoir le moulin des Roux « avec sa roue verticale à augets avec noc d'amenée d'eau entièrement métallique sur le dessus »(2). L'ancien moulin banal dit de la ville a fonctionné longtemps sous forme coopérative après avoir été reconstruit entièrement en 1900 à la suite d'un incendie.

Pour en savoir plus :
(1) « Au flanc de Belledonne, Vaulnaveys, Uriage.» Publié par la caisse des écoles sous les auspices de la municipalité-1936.
(2) « Patrimoine en Isère - Pays de Vizille.» Publication de la Conservation du Patrimoine de l'Isère -1994.

Mairie de Vaulnaveys le Haut 584, avenue Uriage - 38410 Vaulnaveys le Haut - Téléphone : 04 76 89 18 05 - courriel

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