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Paroles d'anciens

Pays et arrière pays

La transformation d'un village rural en une commune péri-urbaine.

Le village qu'ils ont connu s'est transformé. L'économie rurale traditionnelle était constituée de petites exploitations (1) agricoles et marquée par le système pluri-culture-élévage et la double activité typique des zones de montagne (2). Cette économie a largement disparu dans notre commune tout comme le mode vie qui lui était associé, où tout le monde se connaissait et où, dans les hameaux, les occasions de rencontres et de fêtes étaient nombreuses. Dans les années 50-70, les transformations s'accentuent et beaucoup de ces paysans ou fils de paysans quittent une vie trop dure, où l'on vivait de rien (3). Ils deviennent ouvriers dans une agglomération grenobloise en pleine expansion. A partir des années 70, la pression foncière s'accroît et de nouveaux habitants s'installent. De village rural, Vaulnaveys est devenue une commune péri-urbaine de Grenoble. Ces anciens sont cependant nos contemporains. Ils ont contribué à bâtir, à renouveler ce village, à lui donner son aspect actuel. Il n'y a pas, dans ces entretiens, de nostalgie du passé, de regrets d'une ruralité disparue. Ils nous transmettent en toute simplicité un héritage que nous devons recueillir, interroger et estimer. Leur parole nous laisse libres de l'avenir. Les anciens sont, d'une certaine manière, l'arrière-pays de ce village. Ils en ont sont la mémoire vive, ils nous en disent la profondeur, celle du temps qui modèle les visages et les paysages. Les arbres et la forêt, les champs et les chemins, les moindres murets et les pierres levées portent les traces probantes de l'activité humaine au sein de chaque vallon. Ces hommes et ces femmes nous en portent témoignage. Ecoutons-les.

(1) Dans leur ouvrage daté de 1936 « Au flanc de Belledonne, Vaulnaveys », L. Molmerret et J. Bruant notent que, sur 112 exploitations, 107 disposaient de moins de quatre hectares de terres labourables.
(2) Cf : « La double vie des gens de l'Alpe » d'Antony Simon dans «Economie de montagne », revue « l'Alpe » n°17, Glénat- Musée Dauphinois.
(3) Expression tirée de Lilian Vargas « Empreintes » Evolution de la vie agricole et rurale des communes d'Eybens, Gières, Herbeys, Poisat et Saint Martin d'Hères. SMH histoire, mémoires vives n°4.

Jules chaloin

Produire de tout

Un monde rural marqué par le système pluri culture et élevage

« Je faisais un peu de tout, des pommes de terre, du blé, de l'avoine, du seigle et de l'orge. On avait trois vaches, et des génisses, une brebis, des chèvres, on
faisait des tomes de chèvre, mélangées avec le lait de vache, elles étaient bonnes. Après mon certificat d'études en 1930, j'ai commencé à faucher, je ne me suis jamais arrêté, en 2002, ça fait bien soixante douze ans de travail ! ». Jules Chaloin

« J'ai 95 ans et je suis née, j'ai vécu et je suis restée là, je n'ai jamais bougée de cette maison à Belmont. Mes parents et mes grands-parents ont vécu ici. On avait des vaches, du fruit, le jardin, on s'occupait bien. On avait moins de trois hectares cultivables. Avec le lait on faisait le beurre et les fromages, c'était plus intéressant que de vendre au laitier, ça faisait du travail mais ça payait le travail. Le pain, le beurre, l'huile, la volaille, un cochon, on vivait bien sur nous.» Madame Leyssieu

«Je suis fille de paysan, mes parents avaient cinq hectares, mon père était cultivateur au bourg. Il produisait tout ce qui est culture du pays : du blé, de l'avoine, des betteraves, les pommes de terre, l'automne on plantait des choux. On avait trois, quatre vaches. On vendait beaucoup de lait, c'était l'argent de la maison, le lait.» Madame Felix

« Je faisais les légumes qu'on vendait au marché de gros. Il fallait y être avant quatre heures, à sept heures on était de retour pour traire les vaches, on avait tout vendu ! On vendait des épinards, des pommes de terre nouvelles, des petits pois, des haricots fins. On vendait beaucoup de lait au détail. Ma femme fabriquait les fromages.» René Armand

« Moi j'ai essayé au début de travailler à l'usine, à Merlin Gerin pendant la guerre, mais je me sentais comme en prison. Alors je me suis mis cultivateur. Mais pour attraper un morceau de terre, à ce moment là, c'était pas facile hein. Alors j'ai commencé petit à petit. Il a fallu tout acheter. J'ai eu en tout jusqu'à sept hectares presque tout en location. On faisait surtout le lait. Je vendais mon lait à Orlac. J'avais sept ou huit vaches et des génisses. Je vendais du blé, je faisais des fois quatre cents kilos de pommes de terre. J'en vendais un peu de partout Je me suis débrouillé comme j'ai pu. » Dédé Blanc

René Armand

Une vie où l'on fait soi-même le pain, l'huile...

« On n'achetait pas le pain, personne n'achetait le pain. J'ai été le dernier président du syndicat du moulin de la ville. Il y avait 7 communes qui en faisaient partie. Ça tournait à plein bras, jour et nuit. Il faisait du blé à façon pour les gens et le meunier était salarié du syndicat. Les gens amenaient leur blé et repartaient avec la farine et le son. La roue du moulin a tourné jusque dans les années 60 ». René Armand

« On a fait du blé encore assez longtemps, on allait moudre, on faisait la farine et ensuite le pain. On allait au moulin de Laplace qui était à la gorge, on amenait notre grain et on payait la mouture. C'est mon mari qui faisait le pain dans le four à la maison. On faisait le pain pour la semaine. » Madame Leyssieu

« On amenait les noix à la presse à Vaulnaveys pour faire l'huile. On la faisait un peu avant le mois de février et on la gardait au moins deux ans, il faut la mettre à la cave et la couvrir. L'huile on l'utilisait en friture, les rissoles, les beignets. Tout, on faisait tout à l'huile.» Jules Chaloin

« On a toujours fait de l'huile. Pendant ma jeunesse, j'ai pas connu autre chose que l'huile de noix. On faisait une vingtaine de litres au moins. On vendait le plus possible les cerneaux et on mettait en huile ce qui était tout cassé. Il n'y avait pas le choix. Autrefois on n'achetait pas beaucoup, hein, on vivait sur ce qu'on avait. » Madame Leyssieu

...et le vin !

« J'avais une petite vigne là-bas dans le coteau en face des Guichards. J'aurais bien jamais du la planter, le vin vous revenait plus cher que de l'acheter, et puis il y a avait toujours de l'acidité, il fallait aller là-bas piocher, mener du fumier dans la pente ! » Jules Chaloin

« On avait une vigne sur le coteau, au-dessus des Alberges, sur le chemin qui va à Herbeys. Tout le monde à Belmont avait son morceau de vigne là-bas sur le coteau pour faire du vin. On faisait bien 4 hectos de vin. En bonne saison il est arrivé à faire 11°. On le pressait ici, on avait le pressoir et la cuve.» Madame Leyssieu

« On faisait de la vigne pour nous. Nous, on n'avait pas de coteau. Mais les voisins par là avaient tous une vigne sur le coteau. Sur tout le coteau, c'était propre partout il n'y avait pas un arbre, c'était tout fauché à la faux, jusqu'à la cime. Tout le monde se retrouvait pour vendanger. Mon père disait : on trouve beaucoup du monde pour vendanger, mais on trouve pas beaucoup de monde pour piocher la vigne !» René Armand

« Faire de l'argent » : les marchés à Grenoble ou Vizille

« C'était le tram à ce moment là, il fallait aller en bas à pied, avec ses fromages ou à l'automne avec des canada grosses comme ça. On le prenait aux tuileries. J' allais le samedi au marché cours Jean Jaurès. J'avais aussi des pêches noires et des gros pruneaux, des quetsches. Tout de suite après la guerre, tant qu'il y en avait dans mon panier, elles faisaient la queue pour me les acheter. » Jules Chaloin

« On allait vendre le beurre, les oeufs, le fromage, les fruits, les légumes que l'on avait à Grenoble, au marché. On a commencé au marché place Claveyson, après on était cours Jean Jaurès et finalement à l'estacade. On vendait aussi un peu à Uriage dans des hôtels ou chez des particuliers en porte à porte. » Madame Leyssieu

« Ma mère allait au marché à Grenoble. Une fois ou deux par semaine. Elle portait de tout, des légumes, des épinards, des carottes, des fruits, des pommes, les noix, les châtaignes, des fromages blancs dans des paniers. On y allait par le tram. C'était commode parce qu'il y avait un fourgon exprès, on posait toutes les marchandises dedans. Il y en avait du monde qui allaient au marché à Grenoble! » René Armand

Dédé Blanc

Des châtaignes, des noix et des fruits.

« On faisait beaucoup de châtaignes. Des « gourlus », la châtaigne de Vaulnaveys, et les habitants de Vaulnaveys en ont gagné le nom. On les vendait nature sur le marché ». Madame Leyssieu

« On faisait trois quatre cents kilos de noix. On faisait les cerneaux. Les jolis, les moitiés, on les triait et il fallait les avoir pour les fêtes. Passé un temps, mon père les portait à Saint Martin ». Jules Chaloin

On avait des poires, les « Crozet », on en faisait du cidre, on avait une casseuse et un pressoir à la maison. La poire « Louve », elle était renommée celle-là, comme poire à cuire, c'était la meilleure. Elle devenait rouge en cuisant. Et ensuite on a fait des pêches et puis le petit fruit. » Madame Leyssieu

« Je portais mes pommes au marché, les reinettes du Canada et les reinettes de Florence, elles sont un peu acidulées et puis elles ont du jus, au four, elles ont bonnes ! J'en avais, j'en avais ! J'en étais pas maître de mes pommes, on venait de Vizille me les acheter à la maison ! » Jules Chaloin

Mme Felix, Dédé Blanc, Gaston Cave, René Eymos, Georges Besson, Mr Machot

La double vie des Vaulnaviards

Les bûcherons
« En plus du travail à la ferme chez mes parents, j'ai commencé à 17 ans à façonner les sapins. Vous savez que c'est dur hein. On faisait tout à la hache et au passe partout. Avec mon frère, on en faisait trois mètres cubes chacun quand même, par jour. Mais ils nous payaient pas trop, dix francs le mètre cube! A ce moment-là Il n'y avait pas la route, on n'avait pas de véhicule.» Jules Chaloin

Les bouviers
« Mon père allait tirer les sapins avec ses boeufs. La route de Prémol n'existait pas. Il allait jusqu'à l'Arselle et il descendait jusqu'à la gorge par le chemin des bouviers. C'était chargé sur deux roues, c'était traînant. Il prenait une coupe pour le marchand de bois. Il est allé aux bois toute sa vie avec ses boeufs. Il avait à peine 50 ans, il a trouvé le moyen de se faire écraser par son chargement de bois; il est mort accidentellement et puis une mort vous savez... j'y pense souvent ça fait du mal. C'était le 8 janvier 1936, je venais de faire le repas des conscrits. Il était tellement hardi. Les boeufs ont dû être emportés. Est-ce que les roues ont glissé ? raquo ; Jules Chaloin

« Il y en avait une quinzaine de bouviers dans le village qui descendaient le bois de Chamrousse. Ils allaient aux pièces, aux sapins. Attention il fallait monter jusqu'à Roche Beranger tirer le bois, ça faisait de la marche. Ils descendaient trois mètres cubes, trois tonnes à la fois. L'été ça les secouait ! » René Armand

Les gantiers
« Mon mari a fait des gants parce que la ganterie à Grenoble, c'était quelque chose à un moment donné. Il apportait des peaux à la maison, il y avait des modèles de gants. Il fallait les couper et une fois coupés, on portait les passes à Grenoble, dans les ganterie comme la maison Jay. On lui redonnait des peaux et il recommençait. Presque tous les jeunes apprenaient la ganterie parce qu' ici il n'y a jamais eu de quoi pouvoir vivre sur une ferme, ceux qui ne faisaient pas la ganterie allaient travailler aux scieries ou ailleurs.» Madame Leyssieu

« Mon père était gantier. Il tirait des gants chez lui. Il allait à Grenoble chercher les peaux et rendre les passes après. Il avait des calibres et il traçait les gants et il les découpait. Des gantiers sur le village, il y en avait pas mal ». Dédé Blanc

« Avant, tout le monde était gantier. Il y avait largement une cinquantaine de personnes qui faisaient des gants. Il avaient une vache ou deux et l'hiver, ils faisaient des gants.» Georges Besson

Les cordiers
« Mon grand-père et mon père étaient paysans et cordiers. Mon père faisait la scierie et en même temps les cordes. On faisait les cordes dans le champ de foire, surtout quand on faisait les grandes cordes pour les filets de foin pour la montagne. On en faisait beaucoup pour les maréchaux, pour les bûcherons, les cultivateurs. Pour la foire du 12 de mai, on en passait presque une tonne. On en a vendu jusqu'en 60-62. Après, le nylon est venu et les petites fermes, qui employaient nos cordes, ont disparu.» André Armand

Monsieur Machot

Vaulnaveys : des ouvriers au village

« Mes parents étaient à Brié et mon père a été fusillé par les allemands en 1944. Je me suis marié et je suis venu à Vaulnaveys « pour gendre » en 1946. Il fallait se moderniser mais mon beau-père était un peu récalcitrant. Je me suis dit : il faut voir ailleurs. Je me suis embauché à la DDE à Chamrousse. J'ai travaillé comme manoeuvre au début. Puis on m'a dit : il faut des gars qui sachent conduire les chasse-neige. J'ai passé les permis. Là j'ai travaillé l'hiver et l'été je faisais de la culture avec mon beau-père. Dans mes temps libres, je travaillais encore en maçonnerie, chez Bénet, chez Murienne. J'ai fait pas mal de villas sur Vaulnaveys, à Crolles, à la Terrasse, un peu partout ». Monsieur Machot
  
« A treize ans et demi, après mon certificat d'études, je suis partie à l'usine, à "l'Alliance" à Vizille. C'était une usine de tissu. Il y avait du monde à l'époque, Il y avait deux usines qui employaient pas loin de 1500 femmes. J'ai travaillé jusqu'en 1943, j'étais ouvrière tisseuse. J'avais trois métiers, on avait des métiers à filer et à tisser. Ah, c'était intéressant, on a tissé le velours, on a tissé les premiers tissus rayonne pendant la guerre pour les parachutes.» Madame Felix
  
« Mes parents étaient cultivateurs à la Faurie mais je n'ai jamais été agriculteur. Les enfants aidaient les parents à la ferme. Mon père, il a été bûcheron, bouvier, il a travaillé en usine, à Pechiney, à la Viscose et il a fini à la papeterie tout en gardant l'exploitation. Tous les sept enfants ont appris un métier. J'ai fait un peu beaucoup de choses dans le bâtiment, j'ai travaillé la maçonnerie, la plâtrerie, la
peinture, la charpente. J'ai travaillé chez Pascal à Grenoble trois-quatre ans, j'ai été chef de chantier chez Blanc-Bonnefond. Toutes ces boîtes-là ont disparu. » Georges Besson
  
« Je suis né à Vizille, mais en 1933, mon père a acheté pour l'exploiter la scierie de Saint- Georges d'Uriage. Les scieries, c'était la seule industrie dans le village, il y en avait neuf sur le ruisseau de la Gorge et une sur le Vernon, celle de mon père. Cette scierie travaillait déjà pendant la guerre de 1914. On voit toujours la roue, chemin des Roux, qui entraînait les outils. J'ai travaillé avec mon père jusqu'en 1952. Je suis descendu chez Jourdan à Vizille. Quatre-cinq ans après, je suis passé contremaître. Il y avait trois ateliers, menuiserie, charpente et scierie On était cinquante-trois ouvriers quand je suis rentré en 1952. A ce moment-là, on faisait tout à la main encore, mais quand je suis parti, c'était tout au bouton. Jourdan était un gros acheteur de bois de la place, du sapin et de l'épicéa. On faisait l'exportation. Ensuite la menuiserie est tombée avec l'évolution de la menuiserie préfabriquée. Je suis parti en 1990, ça marchait encore bien, j'avais douze ou quatorze ouvriers. La charpente et la scierie ont tenu encore quelques années, puis tout ça a été croqué, ça été vite fait. » René Eymos
    
Les anciens :
- Jules Chaloin
-  Madame Leyssieu
-  René Armand
-  Madame Félix
-  Dédé Blanc
-  Monsieur Machot
-  Georges Besson
-  René Eymos

Un grand merci à tous ces anciens qui ont accepté de témoigner et à Gaston Cave, alors président du club des « Gourlus » qui a organisé une rencontre avec plusieurs d'entre eux .

Ce dossier est dédié à la mémoire de René Eymos décédé depuis la réalisation en novembre 2002 de ces entretiens.

Mairie de Vaulnaveys le Haut 584, avenue Uriage - 38410 Vaulnaveys le Haut - Téléphone : 04 76 89 18 05 - courriel

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