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Jules Bruant

Jules Bruant à Vizille (1926)

Un enfant est un feu à allumer, pas un vase à remplir

Cette phrase attribuée à Rabelais, nul doute que Jules Bruant a dû la lire, la méditer, tant il a allumé de feux dans tant de consciences d'enfants. Cet homme aux multiples talents a été instituteur, historien de notre commune, secrétaire de mairie, conseiller municipal de 1952 à 1971 et enfin maire de Vaulnaveys-le Haut de 1959 à 1965. Il a marqué d'une forte empreinte les mémoires et l'histoire communale, même s'il a laissé peu de traces, à l'image de sa discrétion et de sa modestie. Mais qui était cet homme qui a donné son nom à notre groupe scolaire ?

Jules Bruant naît à Vaulnaveys, le 23 octobre 1898. Ses parents, cultivateurs, ont eu quatre enfants. Il suit l'école primaire à Vaulnaveys, l'école complémentaire à Vizille et intègre ensuite l'Ecole normale. Mobilisé en 1917, il reçoit des éclats d'obus à Verdun, blessures dont il gardera des séquelles au poignet gauche. Il termine l'armée en Haute Silésie de février à mai 1920. Son premier poste est à Renage, puis il est nommé à Vizille. Il épouse, le 2 juin 1925, Jeanne Thibault, dont les parents tenaient le grand café au Bourg. Deux enfants naissent de cette union : Marie Louise, née en 1926 et Pierre, né en 1928. En 1930, il est nommé instituteur à Vaulnaveys et devient ensuite directeur des écoles jusqu'à sa retraite en 1956. Il est décédé le 14 mars 1977. Voilà les renseignements d'état civil dans toute leur sécheresse. Mais qui était l'homme ?

Jules Bruant  (à gauche) 1947

Le maître d'école républicain

Charles Péguy les appelait « les hussards noirs » de la République, ces jeunes normaliens sortis du peuple, tous habillés de noir : « C'était le civisme même, le dévouement sans mesure à l'intérêt commun ». Sa fille Marie Louise le confirme : « Mon père aimait son métier avec passion. Il était pétri par la formation de l'Ecole normale, qui l'a profondément marqué au niveau des valeurs. Il se sentait chargé d'une mission républicaine. » Conciliant pédagogie et transmission des savoirs, il mettait en oeuvre une approche moderne de l'enseignement. Ainsi, pour permettre un travail plus fructueux, il organise avec les autres instituteurs la co-éducation. « Il était très vivant en classe, poursuit sa fille, il ne se contentait pas d'un enseignement livresque. Il faisait apprendre de façon très humaine et vivante. Pour lui, la relation était très importante. Mon père a été en quelque sorte un pionnier.»

Mais cette relation avec les élèves était très exigeante et sévère. Il voulait que ses élèves aient leur certificat d'étude. Dédé Blanc le confirme : «C'était mon ami. Il était sévère mais il m'a bien dressé. J'en suis bien content.» René Eymoz : « C'était quelqu'un de droit. Il m'a pris en main et des « frissons dorés », j'en ai pris, moi, par le père Jules ! Je suis sorti en 1944 un des premiers. Il nous a présentés quatorze, quatorze réussis, chapeau ! » Georges Besson : « Je suis allé au certificat à 14 ans, j'ai fini dans les trois premiers du canton. Bruant voulait me faire aller à Vizille, mais mes parents n'ont pas voulu. Parce que Bruant, il poussait ! Le mois d'avant passer le certificat d'étude, tous les soirs après l'école il nous gardait pour nous « finir ». Ça réussissait tout ! »

Jules Bruant  1932 (2ème à partir de la gauche)

L'artisan d'une éducation populaire

La mission de Jules Bruant ne s'arrête pas à l'école. Il donne ainsi, dès 1930, des cours agricoles. Monsieur Fugier, ancien conseiller général du canton, dans une allocution en 1956, déclare : « L'enseignement agricole de qualité a été organisé sous le patronage de la municipalité, bien avant les projets agricoles actuels discutés au parlement. Cet enseignement a eu pour animateur et pour professeur M. Bruant et a donné d'excellents résultats ». Les anciens s'en souviennent encore. René Eymoz : « Il donnait des cours de greffe et de taille des arbres. J'ai encore des poiriers que j'ai faits avec lui en 1942 ». Georges Besson : « Il donnait des cours à ses élèves. Il nous apprenait beaucoup là-dessus. Quand on sortait avec le certificat, on connaissait les techniques agricoles de base. En fin d'année, il nous donnait un arbre à chacun ! » Mais Jules Bruant est aussi, dès les années 30, un des instigateurs du « cinéma éducateur ». « Il avait construit dans la cour de l'école, nous dit sa fille Marie Louise, une cabine de cinéma contiguë à une salle de classe désaffectée, dont il avait peint les murs avec des représentations de la Chartreuse de Prémol. Les séances étaient ouvertes à tous les habitants du village et c'était gratuit ». Madame Félix le confirme : « En principe c'était le mercredi soir. Monsieur Bruant faisait son cours agricole et après il y avait la séance de cinéma. Quand il y avait quelque chose à cacher, il mettait la main devant l'objectif et tout le monde criait ! »

Jules Bruant 1971

Un homme juste, juste un homme

Sa fille Marie-Louise nous rapporte la scène suivante, bien dans le caractère trempé de l'homme : « Pendant la guerre, il a beaucoup aidé les familles de réfugiés à Uriage. En ce temps là, les enfants portaient des pèlerines. Une pèlerine était restée accrochée au porte manteau. C'était celle d'un enfant qui avait été déporté avec sa famille. La leçon de morale s'est déroulée ce jour là dans le couloir, devant le porte manteau, et elle a porté sur les horreurs de la guerre ». Car Jules Bruant, qui a connu la première et la seconde guerre mondiale, qui a été en Silésie et a aidé les réfugiés, était un homme de paix attaché à son coin de terre natale. Dans l'avant-propos du livre qu'il écrit en 1936 avec J. Molmeret sur Vaulnaveys, il cite ainsi le poète : « dans le vaste univers, tous les homme sont frères, l'amour, mieux que la guerre, élargit les frontières ». Qui était Jules Bruant ? Un homme juste, juste un homme qui faisait son métier d'homme avec générosité, énergie et courage. Nous voudrions lui retourner aujourd'hui le compliment qu'il adressa en 1953 au maire de la commune, M. Bertrand : « Une aussi longue carrière consacrée avec tant de conscience, de persévérance et de dévouement à la chose publique est un exemple qui suscite le respect. »

Mairie de Vaulnaveys le Haut 584, avenue Uriage - 38410 Vaulnaveys le Haut - Téléphone : 04 76 89 18 05 - courriel

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